Jean-Marc Fiorese  Photographe amateur






AOUT 2010
Quand la chance passe et s'évanouit aussitôt.


Il est dix-sept heures rue du Roi de Sicile dans le 4ème arrondissement de Paris, je passe devant le célèbre laboratoire photographique Publimod. Tout y est en travaux, la porte sur la rue est ouverte et je peux voir au fond à l'intérieur que la verrière diffuse les rayons du soleil qui la traversent. La lumière y est douce, un ouvrier passe dessous et s'immobilise, un autre s'en tient à l'écart, plus proche de la porte, je ne le distingue qu'en ombre chinoise, il s'affaire à je ne sais quoi, les détails sont intéressants. Vite, je sors mon appareil, je prends la lumière vite fait, je règle en tenant compte de l'écart de luminosité entre l'extérieur et l'intérieur puis je compose mon cadre... quel con ! je me suis préparé trop en vue et même si j'ai fait vite, l'ouvrier en ombre chinoise m'aperçoit et se dirige vers la porte pour la fermer. Je l'interromps en allant à sa rencontre. Je discute, il m'écoute et comprend ma démarche, un petit espoir renait et s'éteint instantanément, rien à faire : pas de photo !

La chance est passée et s'est évanouie aussitôt sans me laisser le temps de la saisir. Mais pourquoi aussi rapidement ? où était l'urgence ? Un chantier, des ouvriers, quoi de plus commun ? Qu'y avait-il à cacher pour que cet ouvrier se sente dans l'urgence au point de m'empêcher de photographier ce qui était à la vue de tous ceux qui voulaient voir ? La photographie fait encore peur par sa force testimoniale. Mais de quoi étais-je témoin et susceptible de déranger ? D'une composition que je trouvais magnifique ! Incroyable ! Non, ce n'est pas ça qui dérangeait, c'était autre chose de non dit dont il s'agissait probablement d'en cacher la réalité. Une scène à priori tranquille se transforme subitement en sauve qui peut à la simple vue d'un photographe, voilà de quoi faire naître la suspicion.

Moi qui voulais évoquer l'homme et le travail dans ce qu'il a de plus noble à travers la mise en valeur du savoir faire, voilà que le corps de métier parmi les plus emblématiques de ce savoir faire me ferme ses portes et ce n'est pas la première fois. Le monde du bâtiment se protège des regards trop aiguisés et ceux là mêmes qui sont victimes de ce qu'il y a à cacher sont les plus zélés dans cette pratique. Quel changement ! Les donneurs d'ordre ne sont plus les mêmes, ils sous-traitent en exerçant une véritable tyrannie d'échelle qui se répercute jusqu'au chef d'équipe qui pousse l'ouvrier à s'effacer complètement.

Finalement, je n'aurais pas dû interrompre cet ouvrier, j'aurais dû le laisser faire et le photographier pendant qu'il fermait cette porte, le regard mi-surpris, mi-menaçant. J'ai raté une deuxième chance. Ce n'était pas mon jour.





JUILLET 2010
Laisser faire la chance


Quand Willy Ronis photographie depuis un pont ces deux gamins jouant dans le conteneur vide d'une péniche, il ne s'y était pas préparé. Juste le temps de sortir l'appareil, de cadrer et d'attendre dans un espace de quelques secondes le moment le plus opportun pour déclencher et la photo est parfaite alors qu'il avait oublié d'effectuer les réglages de l'obturateur. C'est l'une de ses photographies préférées en raison même de sa spontanéité et de la sensation rare et très fugace qui prend au ventre quand on est certain d'avoir réussi une belle photo avant même d'en voir le résultat. Cette sensation propre à la photographie, cet éclair dans la tête qui se diffuse dans tout le corps traversé par un frisson le temps d'un instant, celui du déclenchement. Sensation d'autant plus forte qu'elle n'est pas le fruit du hasard mais celui de la chance qu'on a su saisir. Pour cette photographie Willy Ronis passait sur ce pont sans intention photographique or à cette époque, en 1959, on avait beaucoup plus de chance qu'aujourd'hui de passer sur un pont parisien au même moment qu'une péniche y passe en dessous. Il entend alors des cris d'enfants en contrebas. A cet instant rien d'extraordinaire ne mérite la moindre attention mais la chance était là et seul un bon photographe comme Willy Ronis pouvait la voir et aller à sa rencontre. Il revient sur ses pas, la longue péniche passe sous ses pieds, il compose, les enfants crient toujours mais il ne les voit pas encore, la longue péniche défile, il attend et les voila, dans le conteneur, le garçon dans sa voiture d'enfant bricolée et sa petite soeur qui lui court après, il attend encore un peu que le mouvement général soit parfait, quelques dixièmes de secondes et alors l'ultime décision de déclencher devient instinctive.

L'histoire de ce cliché illustre ce que le photographe doit toujours avoir en tête : jamais une belle photographie n'est prise par hasard même dans les moments de grande spontanéité. Il y a toujours un avant et des prédispositions. Il suffit de le voir, de l'interpréter et de comprendre que la chance est là, qu'elle va passer sans attendre. Il faut alors anticiper l'instant où elle va instinctivement provoquer le déclenchement. Entre les deux, le temps est suffisant pour composer son cadre même si il est très bref. Rien de hasardeux, tout est dans la maitrise même si tout se passe en quelques secondes. La chance sourit toujours aux photographes capables de cette maitrise.

Aussi, Si on peut sentir de loin que la chance rode aux alentours, elles ne se laisse jamais prendre à distance. Le photographe doit aller à son encontre, près d'elle et tourner autour pour en mesurer toute sa dimension. Pour cela, la focale fixe et courte est le meilleur piège à chance. Robert Capa, grand photo-reporter et ami de Willy Ronis, disait « si ta photo n'est pas bonne c'est que tu n'étais pas assez près. » Le photographe ne doit pas craindre de prendre des risques et de s'approcher au plus près de son sujet, la chance n'est jamais bien loin de lui. En temps de paix, en des lieux sereins, la chance est facile à rencontrer. En temps de guerre ou en des lieux où la tension est forte, la chance d'une photographie magnifique par sa force est bien plus difficile à saisir, elle suppose une prise de risque qui dépasse parfois la raison. Nombreux sont les photographes pour qui la chance s'est mue en piège mortel. Robert Capa, Gilles Caron et bien d'autres en ont fait les frais.






JUIN 2010
Vous avez dit : « Photographier avec ses tripes » ?


La première fois que j'ai entendu cette expression dans la bouche d'une amie qui me parlait de son implication photographique, je n'en ai pas tout de suite saisi le sens, j'avais l'impression qu'elle évoquait quelque chose qui était au dessus de mes forces et du coup je me suis senti exclu. Il était peut être temps de ne plus me mentir et de m'interroger : est-ce que je fais de la photographie ou alors mes images sont-elles à la photographie ce que les mélodies d'ascenseur sont à la musique... ? Autant dire que cela ne m'a pas aidé pendant un bon moment.

Questionnement donc : la « vrai » photographie suppose-t-elle une peine au point d'en souffrir tel un athlète qui se donne à fond en dépassant ses douleurs ? Non, décidemment je ne comprenais pas ce que signifie « photographier avec ses tripes. » Et après tout, est-ce si important ? j'ai donc continué au moins pour mes propres convictions c'est ce qui m'importais et ce qui m'importe toujours : je sens les choses, je sens que mon environement humain change, qu'il se dégrade de façon inquiétante. Mon expérience de terrain me guide vers les causes de ces changements et je sens un besoin impérieux de montrer cette évolution telle que je la ressens, du mieux que je peux et en essayant d'y mettre une part d'esthétisme sans qu'elle trouble le propos.

Et si c'était tout simplement ça photographier avec ses tripes : photographier en étant guidé par ses convictions, quelles qu'elles soient ?






JUIN 2010
Expériences d'auteurs
En guise d'apprentissage.


Il y a autant de façons de voir la photographie qu'il y a de photographes. Cela dit, de cet ensemble il ressort de grandes lignes caractérisant et distinguant différentes façons de photographier. Chacun adopte celle qui lui correspond le plus. Mais comment une pratique se construit-elle ? Je n'en sais strictement rien. De mon point de vue d'autodidacte, je ne me suis pas posé cette question immédiatement, elle m'est venue quand j'ai ressenti le besoin d'interroger ma propre pratique, au moment où j'ai estimé l'avoir acquise et depuis qu'elle tend à devenir une règle : suis-je cohérent dans ma pratique ? La lecture d'interviews de différents auteurs m'a permis de voir d'une part que je n'ai rien inventé et d'autre part, et conséquemment, que ma pratique respecte des règles que d'autres se sont déjà données depuis longtemps. Ca rassure, ça libère, ça ouvre et ça permet d'avancer dans ce que je recherche de plus personnel, c'est un apprentissage. Et sans rester enfermé dans ma propre pratique, des expériences d'auteurs dont je me sens moins proche peuvent être, quant à elles, des sources de recherche personnelle (exemple avec celle de Anne-Lise Broyer.)


Lizzie Sadin, photo-reporter, auteur notamment de « Mineurs en peine » :
« Etre photographe pour moi, c'est être dans le refus du conformisme et de l'acceptation résignée des états de fait. C'est refuser le silence porté sur les choses. C'est dire coûte que coûte ma révolte devant les injustices, les atteintes aux droits humains dont sont victimes des femmes, des hommes et des enfants, et en témoigner. Ecrire avec de la lumière pour les sortir de l'ombre. »
« Je fais extrêmement peu de photos ! Je devrais même me forcer à en faire plus. Je me rends compte après coup, sur ma planche-contact, que j'ai une, voire deux photos maximum de la même scène. Je me concentre sur le moment, je l'attends, je le provoque, je le guette. Ce n'est pas du hasard, je ne déclenche que quand elle est là. Je ne mitraille pas en me disant la photo sera dans le lot, pas du tout. Je sais quand je l'ai et en général, je suis rassurée, mais je continue d'être à l'affût, sans angoisse. Je la vois arriver quelques fois, et là je peux être tel un fauve... »
Le site de Lizzie Sadin


Alain Keler, photographe indépendant, lauréat de plusieurs prix photo (Paris Match, World press, Eugene Smith, ...) :
« Aujourd'hui, j'aime aller lentement. J'ai été très marqué au long de ma vie de photographe par l'incompétence de certaines sphères de décisions et le stress permanent dans lequel on me mettait. Alors je prends mon temps. Il faut savoir donner à la photo ce qu'elle nous procure le plus : le plaisir. Ne la brusquons pas. Elle ne s'en remettra pas. Nous non plus. »
Le site de Alain Keler


Eric Dexheimer, photographe sur des travaux de long terme (banlieue, autisme, personnes agées, naissance et mort, ...) :
« La réalité en photographie et dans les disciplines artistiques en général est une notion très variable. Je pense qu'un photographe travaille plutôt sur le "réel" dans lequel il puise et offre une vision de sa propre "réalité" d'auteur, subjective par essence. »
Le site de Eric Dexheimer


Anne-Lise Broyer, photographe issue des Arts décoratifs :
« S'il existe un sujet qui ne peut être traité qu'en couleur, c'est bien le noir et blanc. Oui, je pense à cette photographie magnifique de Magdi Senadji, quelques hommes de dos (sans doute réunis pour des funérailles) en costumes noir, à la fin de son livre Bovary édité chez Marval. Le noir des costumes n'aurait jamais été aussi noir et le col des chemises aussi blanc, s'il n'y avait pas eu ce vert qui vient en fond. La couleur révèle le noir et blanc. »
Le site de Anne-Lise Broyer


Extraits recueillis dans le hors-série n°10 du magazine Réponses Photo (mai 2010.)





Avril 2009
Je vous interdis de me photographier !
Droit à l'image, protection de la vie privée...


C'est dans le pays des lumières,
c'est dans le berceau de la photographie,
c'est dans le berceau de la photographie humaniste,
c'est dans le pays des Doisneau, Cartier Bresson, Ronis,
c'est dans ce pays friand de culture,
c'est dans ce pays soucieux de son histoire,
c'est ici qu'on m'interdit de photographier !

Que fais-je de mal ?

Votre existence laissera une empreinte,
votre passage sous mes yeux s'efface aussitôt,
c'est juste un instant,
et si je veux immortaliser cet instant ?

Dans cet espace public, vous êtes le public,
dans cet espace public, je suis le public,
le public photographie et immortalise le public,
celui d'aujourd'hui.

C'est un héritage,
un héritage humain,
c'est en cela que la photo de rue est humaniste,
que ce soit à la ville ou à la campagne,
elle témoigne pour les générations futures.

Vous n'avez pas le droit de m'interdire de témoigner.

Je n'atteins pas à votre vie privée,
je n'atteins pas à votre image.

Bien au contraire,
je vous fais honneur.




Liens
Des sites intéressants à visiter



PHOTOGRAPHIE


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« Je n’ai pas vu le rideau de fer tomber... »
Exposition à l'Atelier Demi-Teinte.

Autodidacte de la photographie, Nathalie Brugerolle de Fraissinette est née à Lille en 1964. Elle vit et travaille à Paris


www.lizzie-sadin.com

« J'aime photographier ces autres nous-mêmes, retenir par l'image ces moments de vie où l'on ne parle pas, où seuls les yeux et le cœur s'expriment. J'aime visiter leur existence...
Le pari sera gagné pour moi, si, à la vue des photos, l'émotion et le cœur mis à contribution, on se sent proche, très proche, tout simplement... »


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Eric Dexheimer vit à Paris. Il a réalisé des travaux de long terme, notamment sur la banlieue, l’autisme, le sentiment amoureux chez les personnes âgées et sur les enfants des rues dans le monde. Ses sujets ont tous donné lieu à des livres et à des expositions. Il collabore régulièrement avec la presse et les agences de communication. Il travaille actuellement à un projet de fond sur la naissance et sur la mort. Il collabore avec la maison de photographes Signatures depuis sa création.


www.bastienpons.com

Inspiré par ses études de composition en musique acoustique, le travail de Bastien Pons navique entre musique a-musicale et photos a-photographiques. Son rapport à l'image, similaire à celui qu'il entretient avec le son, relève d'une savante distillation...


www.galerie-photo.com

Galerie-photo, le Site Français de la Photographie Haute Résolution : un site de passionnés qui traite de la photographie de grand format. Le site présente des centaines d'articles, un forum très actif, une boutique et une librairie en ligne.


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Grace à cet annuaire sur la photographie et les photographes, ce site souhaite présenter à travers de mini galeries, une sélection de vrais photographes professionnels ou artistes confirmés, dont le travail artistique et technique mérite d'être apprécié par le plus grand nombre


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Hasselblad Owners' Club. Augmentez votre exposition avec le Club des propriétaires Hasselblad. Le site Internet du Club des propriétaires Hasselblad enregistre de nouveaux portfolios chaque jour. Toute l'attention dont le site (et les photographes qui s'y présentent) fait l'objet est, pour nous, la source d'une grande satisfaction. Augmenter l'exposition de nos membres est, tout compte fait, ce pourquoi notre Club des propriétaires a été créé. Faites aussi connaissance avec les lauréats de la première élection de la « Photo du mois .»



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LE BLOG DE MILA : « Ce blog présente mon travail en matière de dessins, photos et créations graphiques. J'utilise des techniques variées: fusain, graphite, pastel et aquarelle, j'ai pas encore trouvé ma voie ! »


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LE STRAPONTIN est une troupe de théâtre amateur née en 1987 par la volonté de Colette Allouche, ancienne professeur de lettres. Sa passion pour les textes et la langue française ainsi que son exigence et sa rigueur dans la mise en scène ont permis à cette troupe de durer et d'évoluer en qualité. La longue fidélité de la plus part de ses comédiens et leur engagement sont la preuve que Colette a su et sait toujours communiquer sa passion et pousser la troupe à donner le meilleur d'elle même. D'ailleurs, le public ne s'y trompe pas et est toujours nombreux à venir aux représentations dans le théâtre de Verrières-le-Buisson pour passer un grand moment, que le Strapontin joue du classique, du contemporain ou de la tragédie d'auteurs français ou étrangers.